Devant la menace de l’invasion Normande en 845 les chanoines de l’église Saint-Pierre et Saint-Paul quittent Paris emportant avec eux les reliques de Sainte Clotilde et se réfugient au château de Viviers. Une fois le danger écarté, les chanoines reprennent le chemin de la cité mais laissent à Viviers quelques ossements, dont un bras et la tête, ainsi qu’une communauté de moines formée durant cette période trouble.
En 1148 Jean Le Roux d’Aile donne toute la rive gauche du ruisseau de Saint-Pierre-Aigle aux moines de Viviers qui s’y installent adoptant la règle des Prémontrés et gardent une partie des ossements de Sainte Clothilde abandonnés par les chanoines. Heureux d’y trouver le calme ils nomment ce lieu « Vallis Serena », la vallée sereine qui deviendra Valsery.
Les XIIe et XIIIe siècles sont pour Valsery une époque de splendeur. Profitant de la présence du Roi faisant étape à l’abbaye sur la route de Longpont, les moines obtiennent l’autorisation de transporter les reliques de Sainte Clotilde, restées à Viviers dans les murs de Valsery. Les pèlerins affluent alors afin de lui rendre hommage assurant ainsi la prospérité des moines.
En 1359, les Anglais sont refoulés aux portes de Reims ils abandonnent le siège de la cité préférant envahir la région jusqu'à atteindre Valsery. Prévenus à temps de leur arrivée les religieux fuient par les souterrains et se cachent, emportant avec eux leurs richesses. Furieux de ne trouver ni or ni argent, les Anglais saccagent tout et mettent le feu à l’abbaye.
Les moines se relèvent néanmoins de cette attaque et entament la reconstruction jusqu’en 1414 où les Bourguignons envahissent brusquement les lieux en quête de vivres. Mais les ressources de l’abbaye n’ont pas eu le temps de se reconstituer en moins de 60 ans. Les Bourguignons ne trouvent pas l’objet de leur convoitise et se vengent sur les moines, surpris dans leur demeure sans avoir le temps de prendre la fuite.
Dévasté par les Anglais, puis par les Bourguignons, le monastère connaît au milieu du XVIe siècle un nouveau drame. Après la prise de Soissons en 1567, les Huguenots arrivent à Valsery. Apres trois jours de pillage intensif ils laissent la vallée exsangue. Les moines ont été massacrés : pendus par les pieds et brûlés vifs. De la glorieuse abbaye Notre Dame de Valsery il ne reste qu’un tas de pierres fumantes.
Une dernière fois l’abbaye renaît de ses cendres en 1585. Elle s’agrandit en 1653 avec un grand corps de logis et ceint son domaine d’un imposant mur de clôture. Le dernier abbé se retire en 1715. 60 années plus tard l’abbaye de Valsery a jeté ses derniers feux, il ne reste que peu de moines et la fin du siècle la voit décliner rapidement avant de lentement tomber en ruines.
Cinq siècles plus tard certains racontent qu’au fond des souterrains les plus profonds qui reliaient l‘abbaye de Valsery aux alentours sont enfouis les trésors des moines, dissimulés dans l’obscurité afin d’échapper aux pillards.